Ce que l'essai DCCT a montré, et ce qu'il a coûté
L'essai de 1983 à 1993 qui a prouvé que la gestion de la glycémie réduit le risque de complications, son suivi sur 30 ans et son prix.
Le travail quotidien que demande le diabète de type 1 change-t-il vraiment ce qui arrive des décennies plus tard? La question a été tranchée par un essai randomisé il y a une quarantaine d'années. Cette page explique ce que l'essai a trouvé, ce que le suivi sur 30 ans a ajouté, et pourquoi le compromis qui l'accompagnait se présente tout autrement aujourd'hui.
L'essai
De 1983 à 1993, le DCCT (Diabetes Control and Complications Trial) a suivi 1 441 personnes vivant avec le diabète de type 1, réparties en deux groupes. Le premier recevait les soins habituels de l'époque. Le second recevait une prise en charge intensive : plus d'injections, beaucoup plus de mesures de la glycémie, des ajustements constants.
Il s'agissait d'un essai randomisé, et non de l'observation de personnes qui faisaient simplement les choses autrement. C'est sur lui que repose tout le modèle actuel de soins du diabète de type 1.
Après six ans et demi, la différence entre les deux groupes se résumait à une seule chose : une A1C moyenne d'environ 7 % d'un côté, d'environ 9 % de l'autre. Cet écart de deux points de pourcentage, c'était toute l'expérience. C'est aussi la chose la plus importante qu'on ait jamais donnée aux personnes vivant avec le diabète de type 1 : la preuve que les efforts de tous les jours rapportent quelque chose de bien réel.
Ce que ces deux points ont rapporté
Par rapport au traitement habituel, sur une moyenne de 6,5 ans, la prise en charge intensive a donné :
- 76 % de risque en moins de développer une atteinte des yeux
- 60 % de risque en moins d'atteinte des nerfs à cinq ans
- 54 % de risque en moins de fuite de protéines dans l'urine
- 53 % de risque en moins d'atteinte des nerfs qui régulent le cœur
Ce sont les effets les plus importants de toute la médecine du diabète, et ils venaient uniquement de la gestion de la glycémie. Notez bien ce qu'ils représentent : de fortes réductions du risque. Aucun ne l'élimine complètement, et cette nuance honnête compte pour tout ce qui suit.
Trente ans de suivi
À la fin de l'essai, tout le monde s'est vu offrir la prise en charge intensive, et l'A1C des deux groupes s'est rapprochée. Une étude de suivi, EDIC, a quand même continué de les suivre. L'écart creusé pendant ces six premières années ne s'est jamais complètement refermé.
- 42 % d'événements cardiovasculaires en moins après environ 17 ans, et encore 30 % de moins après 30 ans
- 57 % de crises cardiaques, d'AVC et de décès d'origine cardiaque en moins
- 33 % de risque de décès en moins sur 27 ans (cet écart a mis environ 15 ans à apparaître)
- 65 % de l'ensemble des participants n'avaient toujours pas d'atteinte avancée des yeux après 30 ans
C'est sur ce dernier chiffre qu'il vaut la peine de s'attarder. Les deux tiers des personnes d'une cohorte des années 1980, avec les outils des années 1980, ont franchi le cap des trente ans sans atteinte avancée des yeux.
Le corps se souvient aussi des bonnes périodes
Les chercheurs appellent ce phénomène la mémoire métabolique. Une période où la glycémie est proche de la normale continue de porter ses fruits pendant des années, même si les chiffres remontent par la suite. De quatre à huit ans après la fin de l'essai, alors que les deux groupes avaient la même A1C, le groupe initialement traité de façon intensive avait encore 72 % moins de progression de l'atteinte des yeux et 84 % moins de nouvelles fuites de protéines par les reins.
Les deux moitiés comptent. Les personnes qui ont traversé une période difficile concluent souvent que leur avenir est déjà joué. Les données disent le contraire : ce n'est jamais « le mal est déjà fait ».
Ce que l'essai a coûté, et pourquoi votre situation est différente
Le dire ouvertement, c'est ce qui rend le reste des chiffres crédible. Mais les participants n'avaient ni capteur de glucose en continu (CGM), ni alarmes, ni analogues de l'insuline modernes, ni administration automatisée de l'insuline. Une glycémie plus basse et moins d'hypoglycémies graves ne sont plus des objectifs opposés comme ils l'étaient à l'époque. Les outils d'aujourd'hui ont été conçus précisément pour briser ce compromis.
Gardez aussi en tête que chaque chiffre de risque présenté dans ces pages vient de personnes qui géraient leur diabète de type 1 avec la technologie d'il y a plusieurs décennies.